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Site du Louvetisme : les 8-12 ans

Vera Barclay

Vera BarclayIl est dur de présenter Vera Barclay sans parler du louvetisme. Je vous laisse la découvrir à travers les écrits du Père Bretéché, conseiller religieux pour le louvetisme.

Voici aussi une version plus courte qui présente Vera Barclay

Vera Barclay

Vera Barclay est née en 1893. Son père est pasteur, et sa mère – Florence Louisa Charlesworth – est écrivain. La jeune Vera qui adhéra au scoutisme en 1912 demeure peu connue. Certes, elle évoque la 1ère Akela (en 1914), que Baden-Powell s’est choisie pour sa refonte du «Livre pour Louveteaux», qu’il a écrit en 1916. C’est elle aussi qui décerna au Père Sevin le titre «d’Akela leader », permettant à ce dernier de former à son tour des Akela…

Mais qui est cette jeune femme qui se convertit rapidement au catholicisme et qui déploie un trésor de grâce, d’intelligence et de savoir-faire envers le louvetisme et plus largement encore ? Qui donc est Vera Barclay ? Une âme merveilleuse, dont le Père Sevin lui-même fit l’éloge en ces termes :

«Il est juste de dire que, dans la mise au point et la mise en valeur du louvetisme, sir R. Baden-Powell a rencontré une collaboratrice hors ligne en la personne d’une jeune fille catholique, Miss Vera Barclay.

Si elle n’a pas inventé le système, du moins Miss Barclay en a été, comme secrétaire générale, la merveilleuse organisatrice et, par son exemple personnel, par ses écrits, ses articles dans la Cubmasters’page de la Gazette, chefs-d’œuvre de psychologie et trésor d’esprit chrétien, c’est elle qui a infusé à cette branche du mouvement scout la sève vigoureuse dont il est animé et qui a jailli du cœur de la ‘maîtresse des louveteaux du Cardinal’. »

Son œuvre humaine, spirituelle et scripturaire est grande. Un de ses ouvrages nous aidera à la découvrir : «Le Louvetisme et la formation du caractère». « Ce livre n’est pas un manuel. […] Ces études … veulent… vous faire penser ; vous inciter à agir ; fortifier votre foi dans le Scoutisme.» (p.2) «Son but est de nous faire « penser ». Mon conseil est clair, dit-elle : commencez par réfléchir et par penser.» (p. 20) Cependant, il ne faut pas non plus chercher chez Vera Barclay, des théories : «Au contraire, dit-elle, j’ai travaillé à la lumière de la nature ; puis je me suis mise à tirer des conclusions.» (p. 73-74) Ecoutons-la …

1929 : Chamarande

Le secret, où «le point de vue des enfants»

«Le secret du succès en éducation […], c’est d’aborder la vie et toutes ses complexités de savoir et d’expérience en se plaçant simplement au point de vue des enfants.» (p. 3) et elle insiste souvent :

«Tout le secret du succès réside dans ce fait que nous devons faire nôtre le point de vue de l’enfant (p.31).

«Pour cela, il faut s’être familiarisé avec leur point de vue, c’est-à-dire savoir exactement l’importance que telle ou telle chose revêt à leurs yeux, ce qu’ils en pensent, ce qu’ils en sentent.» (p.99). «Et voulez-vous un avant-goût de ce que nous découvrirons alors ? Les enfants ont, en effet, un point de vue qui n’est qu’à eux, un ensemble de motifs, une manière de raisonner, certaines aptitudes, certaines caractéristiques mentales et physiques, des amours et des haines et un délicieux je ne sais quoi qu’on pourrait appeler l’esprit d’enfance (p.3)

L’esprit d’enfance

Avant tout, ce qui occupe l’esprit de l’enfant, c’est le Jeu.« Pour comprendre les enfants, il faut avoir l’intelligence instinctive ou raisonnée de ce qu’est le jeu.» (p. 4) «Le jeu, ce n’est donc pas une certaine activité à laquelle les enfants se livrent par intervalles, c’est l’expression visible et concrète de leur constant état d’esprit (p. 39)

«L’enfant joue […] simplement pour satisfaire les aspirations de son cœur d’homme qui lui dit de vivre cette vie variée et merveilleuse et d’employer son énergie et sa vitalité de la même manière que les hommes ont fait depuis l’origine.» (i.e.)

Mais n’oublions pas le travail ! «Les enfants sont les travailleurs les plus enthousiastes qu’il y ait au monde, du moment qu’on entend, et qu’on leur fait entendre par travail une activité ordonnée en vue d’obtenir un résultat défini.» (p. 5s) : les pages sur la question sont lumineuses.

«Pourtant, ce qui va occuper une attention plus approfondie encore chez notre Akela, c’est ce sentiment mystérieux dont il est difficile, sinon impossible de décrire la psychologie, le sens du merveilleux. […] Le Scoutisme, comme le Louvetisme, doivent la plus grande part de leur succès à ce goût du merveilleux qui existe à l’état latent chez tous les enfants, et Baden-Powell a voulu en tirer profit. Nous devons nous souvenir de cette leçon. […]

Tous les enfants ont besoin de merveilleux pour vivre.» (SG. p. 100)

Alors, Akela, n’oublie jamais cela : «Les histoires sont, pour ainsi dire, l’expression concrète et la réalisation du sens du merveilleux qui existé dans le cœur de tout garçon.» (p. 73) «Son besoin d’exercer cette imagination est comparable à celui d’étendre et d’exercer les muscles de son jeune corps.» (p. 77)

Allons jusqu’au cœur : « Qu’est-ce que cela révèle, sinon que tous les enfants ont un certain sens religieux; ils ne demandent qu’à croire en Dieu pourvu qu’on leur propose, et ils pensent à Lui comme à un Etre qui les aime, qui s’intéresse à eux très personnellement, et qui est en Lui-même infiniment bon. Ce sens religieux concerne toutes les activités de l’enfant, car l’âme du garçon n’est pas quelque chose de séparable de ce garçon, […] ; l’âme d’un garçon, c’est le garçon , et tout le monde, à tout instant, agit et réagit sur lui.» (p. 94)

La « Formation du caractère »

C’est donc cet esprit d’enfance qu’il s’agit «d’éduquer». Œuvre magnifique qui «consiste à faire passer les enfants par une série d’expériences, à leur donner une certaine dose de connaissances ; à établir en eux certaines habitudes et à former leur caractère, afin qu’ils soient équipés pour vivre cette vie de telle façon qu’ils puissent un jour quitter ce monde, meilleurs d’y avoir passé, et « être heureux éternellement avec Dieu en l’autre »». (p. 6)

Le but de l’éducation n’est «pas seulement que l’enfant sache ou fasse quelque chose, mais qu’il soit quelqu’un, en un mot, qu’il ait du caractère.» (p. 42) « […] nous ne naissons pas, en effet, avec un caractère tout fait. […] notre caractère est formé graduellement par mille influences : notre entourage, les autres personnes, les livres que nous lisons, les principes moraux et spirituels que nous acceptons comme les forces directrices de notre vie.» (p. 13).

Et comment vont s’exercer « ces mille influences qui permettront l’éducation ? Ecoute, c’est le cœur : La seule manière d’éduquer vraiment l’enfant, de tirer vraiment tout le parti possible de ces magnifiques qualités, c’est de les utiliser; de se mettre à l’éducation à la façon des enfants ; d’envisager toutes choses de leur point de vue et de nous servir de leurs motifs, de leurs raisonnements, de leurs aptitudes (…), de tenir compte de leurs caractéristiques mentales et physiques ; de noter leurs sympathies et leurs antipathies ; d’essayer, oh ! cela, par-dessus tout, d’essayer de les aider à conserver toujours cet esprit d’enfance, puisque Notre-Seigneur a dit:

« A moins de devenir comme de petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des Cieux ». (p. 7)

Dit autrement et pour résumer, « l’intérêt est la clef principale qui ouvre la porte au succès en toute sorte d’éducation, y compris cette éducation de l’âme qu’on appelle formation du caractère. Pourvu que le garçon s’intéresse vraiment à la vie, vous pouvez orienter cet intérêt dans n’importe quelle direction. La seule chose qui compte, c’est l’ardeur à s’intéresser… » (p. 79-80) « Et qu’est-ce donc ce quelque chose que nous nous efforçons de développer? C’est précisément cette possibilité que Dieu a donnée à chaque garçon en le créant.» (p. 116)
C’est fondamentalement une éducation à la liberté dont il s’agit : « Le but de l’éducation véritable comme de la vraie religion sera toujours d’aider l’âme à reconquérir tout le terrain qui lui appartient de droit, de manière à ce qu’elle paraisse devant le Créateur, en pleine possession de sa volonté libérée.» (SG. p. 93) « Le climat général sera celui de la liberté… non pas la liberté des Bandar-Log, mais une liberté que laisse une règle sage à l’intérieur de laquelle on peut se déchaîner sans inconvénient.» (p. 69) « Notre but principal sera toujours de les amener graduellement à se servir de leur volonté libre, pour qu’ils choisissent délibérément la meilleure voie et qu’ils s’y tiennent toute leur vie.» (SG. p. 106)
Alors vous avez tout compris : puisqu’il s’agit d’animer l’intérêt, la joie est le but premier du louvetisme, la formation du caractère en est l’œuvre achevée et son fruit véritable recherché est la vie éternelle.

Les moyens, eux, se greffent sur toutes les bontés de l’esprit d’enfance. Vera Barclay développe avec force de profondeur, simplicité et finesse d’observation chacun de ces moyens. Le jeu, le merveilleux et l’emploi des histoires, le travail, l’ambition (mise en œuvre par les étoiles), la famille heureuse, et tout ce qui va permettre une réelle relation de l’enfant avec Dieu dont il se sait aimé…

La formation du caractère dans le scoutisme n’est autre que la formation d’hommes véritable. «Or il n’y a à la vie qu’une seule fin véritable et … tout ce que nous faisons tend vers cette fin ou s’en écarte, et que cette fin est l’accomplissement de la volonté de Dieu. En bref, qu’en dirigeant une Meute, nous travaillons avec Dieu sur les plus belles œuvres sorties de ses mains, à savoir, des âmes d’enfants, et cela, non seulement au catéchisme, mais au camp, mais au jeu, mais partout et à tout instant.» (94-95)

 

Et pour Akela ?

Le conseil est simple : Garder l’esprit d’enfance ! «Le degré de succès qu’on rencontrera auprès d’eux dépend donc de la mesure dans laquelle on est resté enfant soi-même, dans laquelle on a saisi nettement ce qui est essentiel à l’enfance.» (p. 4) « Car pour réussir, quand on joue avec des enfants, il est nécessaire de regarder le jeu avec leurs yeux et d’essayer de rallumer dans son cœur émoussé les émotions de sa propre jeunesse.» (p. 39) « Donc, si nous voulons faire « de notre mieux », pour former nos Louveteaux, n’oublions pas le merveilleux, et cherchons à retrouver notre âme d’enfant.» (SG p.101)

Quant à l’autorité d’Akela, comment s’obtient-elle ?

« Pour réussir comme Chef de Louveteaux, vous devez aimer à vous asseoir par terre, au milieu d’une foule de Petits-Loups avides de vous entendre.» (p. 8)

Ce n’est pas là démagogie !… C’est bien plutôt une imitation du divin Maître ! et c’est pourquoi le louvetisme ne peut pas se réduire à une stricte méthode : il réclame toute l’attention de l’intelligence : « réfléchissez, réfléchissez, réfléchissez.» (p. 25) «Pensez par vous-même, cherchez, trouvez, inventez, faites vos plans.» (p. 24) « Il faut au Chef de Meute la prudence dans la réflexion, la sagesse dans le jugement, et du tact.» (p. 69)

Mais revenons au cœur de la jungle !

 

Car un louveteau vit dans la jungle ! Beaucoup s’y sont perdus, de nombreux autres hésitent à y mettre leur museau !…

 

Vera Barclay, notre Akela, nous en donne le Chemin : « Rappelez-vous que Mowgli était un Homme-Louveteau. Bagheera le savait bien, et au moment de la crise, il fit appel à l’intelligence humaine qui sommeillait dans ce fils sauvage de la Jungle, à cette intelligence douée d’une volonté libre, qui peut choisir d’un choix délibéré, et qui impose à l’instinct la domination de l’esprit. L’instinct de la Meute la portait à tuer Akela, parce qu’il était vieux. Or, Bagheera savait qu’au fond du Louveteau-Homme, il y avait quelque chose qui subordonnerait l’instinct de conservation aux idées supérieures de loyauté et de reconnaissance. La Meute supportait Shere-Khan, parce qu’il était puissant. Or, Bagheera savait encore qu’un Louveteau-Homme entendrait l’appel de la justice. Et c’est ainsi qu’Akela fut sauvé et Shere Khan mis en pièces, comme devraient l’être tous les tyrans.
Si le Louvetisme répond si bien aux aspirations du garçon, c’est qu’il est conforme aux lois naturelles de la psychologie ; il faut donc le considérer comme le milieu approprié à la jeune âme humaine, celui où elle se développera mieux que dans les compartiments surannés de l’éducation d’autrefois. Ce milieu étant approprié à l’enfant, il tirera de lui, pour ainsi dire, ce qu’il a de meilleur, il l’aidera peu à peu à s’élever au-dessus de ses meilleurs instincts, jusqu’aux actes supérieurs d’un être raisonnable, capable de préférer le bien au mal, Dieu au monde ou à lui-même. Et ce fut l’idée-mère du Chef Scout lorsqu’il fit de la croyance en Dieu la pierre angulaire du Scoutisme.» (SG. p. 105) « La jungle est là pour développer cette nature de passer de l’instinct quasi animal à une vraie sagesse de petit d’homme que la grâce glorifie ! »… et en lui, c’est toute la nature qui est offerte. Saint François est bien le saint patron des louveteaux et des louvettes !
En 1931, Vera Barclay quitte ses fonctions dans le scoutisme en Angleterre et s’installe en France. En septembre 1989 – à 95 ans -, elle meurt, aveugle et oubliée : elle était sans doute trop grande pour son temps. Est venu celui de recevoir son charisme pour en vivre à notre tour : nous sommes ses héritiers spirituels, bonne chasse !